En bref
Le diagramme de Venn de l'ikigai est partout. Mais en 20 ans de coaching de reconversion, j'ai appris que sans accompagnement, il reste un beau concept sur papier. L'ikigai japonais signifie « ce qui vaut la peine de se lever le matin » : il est plus large que le travail. La version occidentale en quatre cercles est utile mais suppose que l'on sait déjà ce que l'on aime et ce dont le monde a besoin, précisément ce que les personnes en reconversion ignorent. Voici les trois phases de travail que j'utilise réellement, et pourquoi l'ikigai a besoin d'une dimension spirituelle pour tenir dans le temps.
L'ikigai n'est pas un test à remplir : c'est une conversation avec soi-même. En coaching, il ouvre des prises de conscience qui réorientent des vies entières.
En vingt ans de coaching holistique, j'ai guidé l'ikigai de plusieurs dizaines de personnes en reconversion. Le fameux diagramme des quatre cercles est à la fois l'un des meilleurs outils de questionnement existentiel et l'une des plus grandes sources de paralysie lorsqu'il est mal utilisé.
Le problème n'est pas l'ikigai, c'est la façon dont il est enseigné dans 90 % des cas : comme une recette. « Remplis les quatre cercles et tu trouveras ton chemin. » Si c'était aussi simple, les cabinets de coachs ne seraient pas pleins de personnes qui ont « fait leur ikigai » trois fois et sont toujours aussi perdues.
L'ikigai : bien plus qu'un diagramme de Venn
Le concept d'ikigai est japonais et signifie approximativement « ce qui vaut la peine de se lever le matin ». Dans la tradition japonaise, il n'est pas nécessairement lié au travail ou à la carrière. C'est plus large : ce qui donne du sens à la vie, ce qui rend heureux d'exister.
Le diagramme des quatre cercles (ce que vous aimez, ce dans quoi vous êtes doué, ce pour quoi on peut vous payer, ce dont le monde a besoin) est une création occidentale, popularisée dans les années 2010. Il est utile, mais il souffre d'une limite majeure : il suppose que vous savez déjà ce que vous aimez, ce dans quoi vous êtes doué, ce dont le monde a besoin. Or c'est précisément ce que la plupart des gens en reconversion ne savent pas. Ou plutôt : ils le savent quelque part, mais ne savent pas y accéder.
C'est pour cela qu'un outil de questionnement comme l'ikigai ne fonctionne que s'il est accompagné. Sans accompagnement, il devient un exercice intellectuel que l'on fait sur papier et que l'on oublie trois jours plus tard.
Phase 1 : identifier les vraies passions, pas les fausses
La première question de l'ikigai est « ce que vous aimez ». En apparence simple. En pratique, l'une des plus difficiles. La plupart des personnes en reconversion ont passé des années à faire ce qu'on attendait d'elles plutôt que ce qu'elles aimaient vraiment. Leurs vraies passions sont enfouies sous des couches de conditionnements, de jugements sur ce qui est « sérieux » ou « rentable », de peurs du regard des autres.
Je commence par ce que j'appelle le « défrichage des passions » : une série de questions qui vont chercher les énergies vitales plutôt que les préférences intellectuelles. Non pas « qu'est-ce qui vous intéresse ? », mais « quand avez-vous perdu la notion du temps pour la dernière fois ? », « pour quel type de problèmes les gens viennent-ils naturellement vous chercher ? », « qu'est-ce qui vous indigne ou vous enthousiasme profondément ? »
Phase 2 : distinguer le talent et la vocation
La deuxième question de l'ikigai est « ce dans quoi vous êtes doué ». Encore un piège : beaucoup de personnes sont douées pour des choses qu'elles n'aiment pas du tout, précisément parce qu'elles ont passé des années à les développer pour répondre aux attentes des autres.
La distinction que j'utilise est celle entre le talent (ce que vous faites bien) et la vocation (ce qui vous appelle). L'ikigai sain se construit sur la vocation, pas seulement sur le talent. Être doué pour quelque chose ne signifie pas que c'est votre chemin.
La vie bonne est un processus, non un état. C'est une direction, non une destination.
Phase 3 : ancrer l'ikigai dans le réel, pas dans l'idéal
Les troisième et quatrième cercles, « ce pour quoi on peut vous payer » et « ce dont le monde a besoin », sont souvent traités de manière abstraite dans les ateliers : « Trouvez votre mission, le reste suivra. »
Dans mon approche, j'ancre ces deux dimensions dans la réalité concrète du marché et de la vie du client. Pas « ce dont le monde a théoriquement besoin » mais « pour quels clients spécifiques, dans quel contexte précis, avec quelle proposition de valeur concrète ? » L'ikigai qui ne passe pas par cette concrétisation reste un beau concept sans traduction dans la vie.
Un cas concret : le mien
La première fois que j'ai utilisé des outils comme l'ikigai, j'ai réalisé que ma vision de la vie et ma vie elle-même allaient changer. Je me voyais enseigner ce que je connaissais de la psychologie, du coaching, de la méditation, animer des stages dans la nature, faire de la randonnée, et être payé pour cela. Mon ikigai était ma journée idéale.
Et un jour, cela s'est réalisé. J'étais enfin « dans » l'ikigai : en haut d'une montagne, au bord d'un lac, avec un groupe de participants en face de moi. À ce moment-là, j'ai ressenti ces frissons, cet humour de la vie : je faisais ce que j'aimais, j'étais payé pour cela, et les gens en avaient besoin et me témoignaient leur gratitude.
Les erreurs fréquentes que j'observe
- Chercher quelque chose de radicalement nouveau. La plupart du temps, l'ikigai n'est pas complètement neuf : c'est une version plus profonde, plus authentique, plus alignée de ce qui est déjà là. Les reconversions réussies ne repartent pas de zéro, elles recentrent.
- Confondre ikigai et projet entrepreneurial. L'ikigai n'est pas un business plan. Certains restent bloqués parce qu'ils confondent « trouver ce qui me donne du sens » avec « trouver un modèle économique viable ». Ce sont deux questions différentes, même si elles se recoupent.
- Faire l'ikigai seul. On peut l'explorer seul en première approche, mais les vraies révélations se produisent dans un espace d'accompagnement, avec un coach ou un thérapeute qui aide à voir ce que l'on ne voit pas soi-même, parce qu'on en est trop près : croyances, besoins ou valeurs cachés qui, une fois mis en lumière, rendent tout évident.
Ikigai et coaching holistique : pourquoi la dimension spirituelle compte
La version occidentale de l'ikigai a eu tendance à évacuer la dimension spirituelle du concept original. Dans la tradition japonaise, l'ikigai inclut une relation au monde qui dépasse la seule rentabilité économique ou l'utilité sociale.
Dans mon coaching, je réintègre cette dimension : la relation à quelque chose de plus grand que soi (nature, communauté, sens transcendant), la présence au moment vécu plutôt que la seule projection dans un futur idéal, l'acceptation de ce qui est en même temps que le mouvement vers ce qui pourrait être. Un ikigai sans cette dimension reste souvent fragile : quand le projet se heurte à la réalité, ce qui tient le client, c'est sa relation profonde au sens, pas seulement son enthousiasme pour une activité.
Le sens de la vie n'est pas inventé par soi, il est découvert.
Pour aller plus loin
Sources, méthodologie et transparence
Pour découvrir l'ikigai :
- Origine et signification du concept japonais. Ikigai (Wikipédia)
- La vie bonne comme processus et direction. Carl Rogers (Wikipédia)
Cet article présente l'ikigai comme un outil de réflexion et d'accompagnement, non comme une méthode garantie. Chaque parcours de reconversion reste singulier.

Frédéric Deltour
Thérapeute holistique · Formateur · Auteur · Superviseur. Plus de 20 ans d’accompagnement. Il forme des thérapeutes et coachs certifiés en France, Belgique, Suisse et Canada, en unifiant traditions éprouvées (bouddhisme, méditation Vipassana) et outils contemporains (PNL, CNV, Gestalt, approche centrée sur la personne).
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