Pour les praticiens

Les 5 erreurs courantes des thérapeutes et coachs face aux troubles mentaux

Accompagner une personne qui traverse un trouble mental demande de la compétence, mais aussi beaucoup d’humilité. Même avec de l’expérience, certaines erreurs reviennent souvent et peuvent nuire au processus. Voici les cinq plus fréquentes, et mes conseils concrets pour les éviter.

Par Frédéric Deltour, thérapeute et formateur holistique · Publié le 6 juillet 2026 · Mis à jour le 17 octobre 2026 · 20+ ans d’expérience

En bref

Les cinq erreurs les plus courantes lorsqu’on accompagne des clients ayant des troubles mentaux sont : un manque de compréhension du trouble, une insensibilité aux besoins réels du client, un défaut de planification, un manque de conscience de ses propres stéréotypes et préjugés, et l’absence de suivi et d’évaluation. À chacune correspond un remède simple : étudier, écouter, planifier, se remettre en question et mesurer les progrès.

Les thérapeutes et les coachs qui accompagnent des personnes en souffrance psychique doivent être prêts à affronter des défis spécifiques. Or, même avec la formation et l’expérience nécessaires, il est facile de commettre des erreurs qui freinent l’accompagnement. En vingt ans de pratique, j’ai appris à les repérer chez les autres comme chez moi. Voici les cinq plus fréquentes, et comment les corriger.

Erreur 1 : un manque de compréhension du trouble

On peut avoir une vision partielle, voire faussée, du trouble dont souffre un client. Comprendre ses symptômes, ses causes et ses conséquences est pourtant indispensable pour proposer un accompagnement pertinent et respectueux.

Le remède : faites preuve d’ouverture et de curiosité. Étudiez le trouble concerné, ses signes et les approches reconnues. Surtout, demandez à vos clients de vous parler de leur propre expérience et de leurs besoins spécifiques : ils sont les premiers experts de ce qu’ils vivent.

Quand quelqu’un vous écoute vraiment sans vous juger, sans essayer de prendre la responsabilité à votre place, sans vouloir vous modeler, cela fait un bien immense.
Carl Rogers · Psychologue, fondateur de l’approche centrée sur la personne

Erreur 2 : l’insensibilité aux besoins du client

On se concentre parfois trop sur une théorie ou un modèle thérapeutique, au détriment des besoins réels et singuliers de la personne en face de nous. Chaque client est unique, et aucun protocole ne remplace l’écoute.

Le remède : écoutez activement, avec empathie. Créez un cadre sécurisant où la personne se sent libre de partager ses pensées, ses émotions et son vécu. C’est dans cet espace de confiance que le travail devient possible.

Nous avons deux esprits, l’un qui pense, l’autre qui ressent.
Daniel Goleman · Psychologue, auteur de « L’Intelligence émotionnelle »

Erreur 3 : un manque de planification

Se laisser porter par le flot des séances, sans cap ni structure, mène rarement loin. Un accompagnement efficace repose sur une stratégie claire, adaptée à chaque client.

Le remède : préparez chaque séance. Définissez des objectifs à court et à long terme, ainsi que les moyens concrets de les atteindre. Un plan souple, révisable, donne une direction sans jamais enfermer.

Erreur 4 : ignorer ses stéréotypes et préjugés

Nous portons tous des biais liés au genre, à l’origine, à l’orientation ou à d’autres caractéristiques. Ignorés, ils faussent l’accompagnement et peuvent blesser.

Le remède : cultivez la conscience de soi et l’ouverture aux cultures et aux parcours différents du vôtre. Invitez vos clients à exprimer ce qu’ils vivent sur ces questions, et acceptez de remettre vos certitudes en jeu. C’est le prix d’un accompagnement équitable.

Erreur 5 : l’absence de suivi et d’évaluation

Ne pas suivre les progrès d’un client, c’est avancer à l’aveugle. Sans évaluation, on ne sait ni ce qui fonctionne, ni ce qu’il faut ajuster.

Le remède : instaurez des points réguliers pour mesurer l’évolution et adapter votre approche. Identifiez quelques indicateurs simples qui vous aideront, avec le client, à percevoir le chemin parcouru.

Les 5 erreurs en un coup d’œil

Pour garder ces repères à portée de main, voici une synthèse des signaux d’alerte et des remèdes associés à chacune des cinq erreurs décrites plus haut.

ErreurSignal d’alerteRemède
Méconnaissance du troubleVous interprétez les symptômes avec vos seules intuitionsSe documenter et écouter l’expérience du client
Insensibilité aux besoinsVous appliquez le même protocole à tousÉcoute active et cadre sécurisant
Manque de planificationLes séances se ressemblent sans progressionObjectifs clairs à court et long terme
Stéréotypes et préjugésVous supposez au lieu de demanderConscience de soi et supervision
Absence de suiviImpossible de dire ce qui a changéPoints d’étape et indicateurs simples

Connaître son cadre et savoir orienter

Une vigilance supplémentaire traverse toutes les autres : savoir où s’arrête son rôle. Le thérapeute holistique ou le coach accompagne le mieux-être, l’évolution personnelle et la mise en mouvement. Il ne pose pas de diagnostic, ne modifie jamais un traitement et ne se substitue pas au psychiatre, au médecin ou au psychologue.

Certains signaux imposent d’orienter sans attendre : des idées suicidaires, une perte de contact avec la réalité, une consommation de substances qui met la personne en danger, une dégradation rapide de l’état général ou un client qui ne parvient plus à assurer son quotidien. Orienter n’est pas abandonner : vous pouvez continuer à accompagner la personne en complément de son suivi médical, à condition que ce soit clairement défini avec elle. Pour mieux comprendre les différences de cadre, lisez coaching de vie ou thérapie holistique.

Pour faciliter ces orientations, constituez à l’avance un réseau de professionnels de confiance : médecins généralistes, psychologues, psychiatres, centres médico-psychologiques. Le jour où la situation l’exige, vous pourrez proposer un relais concret plutôt qu’une simple recommandation, ce qui augmente fortement les chances que la personne consulte réellement.

Avoir, dans les maladies, deux choses en vue : être utile, ou du moins ne pas nuire.
Hippocrate · Médecin de la Grèce antique, père de la médecineÉpidémies, livre I

La supervision, un garde-fou indispensable

Aucun praticien n’est à l’abri de ses angles morts. La supervision, individuelle ou en groupe, offre un espace pour relire ses séances avec un pair expérimenté, repérer ses projections et prendre du recul sur les situations complexes. C’est un outil précieux pour éviter la plupart des erreurs décrites dans cet article.

Le travail personnel du praticien joue un rôle complémentaire. Plus vous connaissez vos propres blessures, vos réactions et vos croyances, moins elles risquent d’interférer avec celles de vos clients. Les recherches sur l’alliance thérapeutique montrent d’ailleurs que la qualité de la relation entre le praticien et la personne accompagnée est l’un des facteurs les plus constants de l’efficacité d’un accompagnement, quelle que soit la méthode utilisée.

Concrètement, une séance de supervision régulière suffit souvent à dénouer une situation bloquée. Le superviseur ne juge pas : il aide le praticien à voir ce qu’il ne voyait pas, à clarifier son cadre et à retrouver sa juste place dans la relation.

Si le seul outil que vous avez est un marteau, vous tendez à voir tout problème comme un clou.
Abraham Maslow · Psychologue, figure de la psychologie humanisteThe Psychology of Science, 1966

Prendre soin de soi pour bien accompagner

Accompagner des personnes en souffrance psychique est exigeant sur le plan émotionnel. Un praticien épuisé écoute moins bien, planifie moins et devient plus vulnérable à ses propres biais. Prendre soin de soi n’est donc pas un à-côté : c’est une condition de la qualité de l’accompagnement.

Limiter le nombre de séances difficiles dans une même journée, s’accorder des temps de récupération, pratiquer la méditation ou une activité physique régulière et préserver sa vie personnelle sont autant de leviers simples. Découvrez à ce sujet les bienfaits de la méditation pour les thérapeutes et les coachs.

Le praticien qui s’accorde ce soin montre aussi l’exemple : il incarne auprès de ses clients l’équilibre qu’il les aide à construire, et sa présence gagne en stabilité comme en authenticité.

Précautions

Cet article s’adresse aux thérapeutes et aux coachs dans une perspective de bonnes pratiques. Il ne constitue pas une formation clinique et ne permet pas de prendre en charge seul des troubles psychiatriques. En cas de doute sur l’état d’un client, la règle est simple : orienter vers un médecin, un psychiatre ou un psychologue.

En cas d’urgence, contactez les services d’urgence (le 15 ou le 112) ou, en France, le numéro national de prévention du suicide, le 3114, joignable gratuitement 24 heures sur 24. Le rôle du praticien est alors d’assurer la mise en sécurité de la personne avant toute autre considération.

En résumé

Accompagner des personnes en souffrance psychique demande de comprendre le trouble, d’écouter les besoins réels, de planifier, de se remettre en question et de mesurer les progrès. Ces cinq réflexes protègent autant le client que le praticien.

Si vous souhaitez aller plus loin, vous pouvez contacter Frédéric ou découvrir sa formation en thérapie holistique, bénéfique tant pour votre bien-être personnel que pour votre pratique professionnelle. Voir aussi les 7 clés pour gérer les conflits avec vos clients.

Frédéric Deltour, thérapeute et formateur holistique

Frédéric Deltour

Thérapeute holistique · Formateur · Auteur · Superviseur. Plus de 20 ans d’accompagnement. Il forme des thérapeutes et coachs certifiés en France, Belgique, Suisse et Canada, en unifiant traditions éprouvées (bouddhisme, méditation Vipassana) et outils contemporains (PNL, CNV, Gestalt, approche centrée sur la personne).

Découvrir son parcours

Questions fréquentes

Un coach peut-il accompagner une personne ayant un trouble mental ?

Un coach peut soutenir le bien-être et l’évolution personnelle, mais il doit connaître ses limites et savoir orienter vers un professionnel de santé lorsque la situation dépasse son cadre. La première responsabilité est de reconnaître ce qui relève du soin médical et de ne jamais s’y substituer.

Comment éviter de projeter mes propres préjugés sur un client ?

En cultivant la conscience de soi. Interrogez régulièrement vos réactions, formez-vous à la diversité des parcours et demandez à vos clients de partager leur vécu plutôt que de supposer. La supervision et un travail personnel régulier sont les meilleurs garde-fous contre les biais inconscients.

Pourquoi le suivi est-il si important ?

Sans suivi ni évaluation, impossible de savoir si l’accompagnement porte ses fruits. Des points réguliers permettent d’ajuster la stratégie, de valoriser les progrès et de repérer tôt un blocage. C’est ce qui transforme une intention en résultat mesurable.

Faut-il être psychologue pour se former à l’accompagnement holistique ?

Non. La formation de Frédéric Deltour s’adresse à toute personne souhaitant accompagner autrui avec sérieux, tout en respectant le cadre de chacun. Elle insiste précisément sur la connaissance de ses limites et l’orientation vers les professionnels de santé quand c’est nécessaire.

Quels signes doivent pousser un coach à orienter un client vers un professionnel de santé ?

Des idées suicidaires, une perte de contact avec la réalité, une consommation de substances dangereuse, une dégradation rapide de l’état général ou une incapacité à assurer le quotidien. Dans ces cas, l’orientation vers un médecin ou un psychiatre est prioritaire et, en cas d’urgence, vers le 15 ou le 3114 en France.

La supervision est-elle obligatoire pour un thérapeute holistique ?

Elle n’est pas toujours imposée, mais elle est fortement recommandée. Elle permet de prendre du recul sur ses séances, de repérer ses projections et de mieux gérer les situations complexes, au bénéfice du client comme du praticien.

Se former à un accompagnement respectueux et solide

La formation de Frédéric Deltour vous apprend à accompagner avec justesse, à reconnaître vos limites et à orienter quand il le faut.

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