Définition rapide
Le Somatic Experiencing est une approche corporelle du traumatisme créée par le Dr Peter A. Levine, docteur en biophysique médicale et en psychologie. Elle part d'une idée simple : le stress d'une menace reste parfois « bloqué » dans le corps, et l'on peut aider le système nerveux à revenir au calme par petites touches, en portant attention aux sensations. Ses exercices d'autorégulation (auto-contenance, son « Voo », pendulation) se combinent bien avec le câlin du papillon issu de l'EMDR et avec des outils de PNL comme l'ancrage ou le recadrage.
En bref
Le Dr Peter A. Levine a créé le Somatic Experiencing, une approche du traumatisme centrée sur les sensations du corps. Ses exercices d'autorégulation tiennent en quelques gestes : se tenir soi-même (auto-contenance), poser les mains sur le front, la poitrine puis le ventre, tapoter sa peau, contracter puis relâcher ses muscles, émettre un son grave « Voo » à l'expiration, laisser alterner contraction et expansion (pendulation), relâcher les épaules, reprendre contact avec ses mains et dire « J'ai la pensée que… » pour se distancier d'un doute. Le câlin du papillon, créé par Lucina Artigas en 1998 au Mexique dans le cadre de l'EMDR, ajoute une stimulation alternée gauche-droite. Combiné à la PNL (ancrage, sous-modalités, recadrage, pont vers le futur), il aide à passer d'un souvenir pénible à un état ressource. Ces outils apaisent et rendent autonome ; ils ne remplacent pas un accompagnement du trauma par un professionnel formé. Les principes de Levine (titration, sécurité, témoin bienveillant) rejoignent la posture enseignée dans la formation de Frédéric Deltour, où la PNL, la Gestalt et l'hypnose éricksonienne sont pratiquées en supervision.
« J'ai appris à les mettre en pratique sur d'autres, mais avant tout sur moi. Ça m'a permis de réaliser des prises de conscience, de détecter des blocages, des peurs enfouies… » Nancy Solenko parle ici des techniques apprises pendant sa formation de thérapeute holistique avec Frédéric Deltour. Avant d'accompagner les autres, on apprend sur soi, et souvent par le corps.
Beaucoup de personnes connaissent leurs blocages par cœur. Elles savent d'où vient leur peur, elles en ont parlé, elles l'ont analysée. Et pourtant, la gorge se serre toujours, les épaules restent remontées, le sommeil reste agité. Le psychologue américain Peter A. Levine a consacré sa carrière à cette question : que faire quand la compréhension ne suffit pas, parce que la tension est logée dans le corps ?
Cet article présente les exercices d'autorégulation que Peter Levine enseigne dans ses livres et ses vidéos, puis le câlin du papillon (Butterfly Hug) créé par Lucina Artigas, et montre comment ces gestes s'articulent avec la PNL, que Frédéric Deltour enseigne dans sa formation. Chaque technique est décrite pas à pas, avec ses usages et ses limites. Les méthodes appartiennent à leurs créateurs, cités à chaque fois ; ce texte en est une présentation, pas une formation au Somatic Experiencing ou à l'EMDR.
Peter A. Levine, créateur du Somatic Experiencing
Peter A. Levine est un psychologue américain, docteur en biophysique médicale de l'Université de Californie à Berkeley et docteur en psychologie. Depuis les années 1970, il étudie une question que la psychologie classique laissait de côté : pourquoi certaines personnes restent-elles marquées par un événement menaçant pendant des années, alors que d'autres s'en remettent ?
Sa réponse vient en partie de l'observation des animaux sauvages. Une gazelle qui échappe à un prédateur tremble, respire profondément, puis retourne brouter. Son organisme « décharge » l'énergie mobilisée pour fuir ou se figer. Chez l'humain, cette décharge est souvent interrompue (par la honte, le contrôle, la sidération, l'absence de soutien), et la réaction de défense reste inachevée dans le corps : tension chronique, hypervigilance, sommeil perturbé, sentiment de ne plus habiter son corps.
De ce travail est né le Somatic Experiencing (SE), une approche qui aide le système nerveux à terminer ces réactions, par petites étapes, en s'appuyant sur les sensations plutôt que sur le seul récit. Peter Levine l'a exposé dans Réveiller le tigre (Waking the Tiger, 1997) et Guérir par-delà les mots (In an Unspoken Voice, 2010), tous deux disponibles en français chez InterEditions, et il a fondé l'organisation qui forme aujourd'hui des praticiens SE dans de nombreux pays.
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Les exercices présentés ci-dessous sont ceux que Peter Levine propose pour l'autorégulation, en dehors des séances ou entre elles. Le crédit de ces méthodes lui revient entièrement. Le câlin du papillon, présenté plus loin, est l'œuvre de Lucina Artigas et d'Ignacio Jarero ; l'EMDR, dont il est issu, a été créé par Francine Shapiro.
Le traumatisme est un fait de la vie. Il n'a cependant pas à être une condamnation à perpétuité.
Les principes qui guident tous ces exercices
Le corps comme contenant. Le corps est le récipient de toutes nos sensations et émotions. Quand on sent clairement ses limites (la peau, les muscles, la surface sur laquelle on est assis), une émotion forte devient plus supportable : elle est contenue quelque part au lieu de tout envahir. Un événement traumatique donne souvent l'impression d'un « trou » dans cette frontière. Plusieurs exercices servent simplement à la retrouver.
La titration. On ne plonge pas au cœur du traumatisme. On travaille par petites doses, à la périphérie, comme on pétrit doucement une pâte plutôt que de la forcer. Une petite quantité de gêne, accueillie dans un corps qui se sent en sécurité, se transforme ; une grande quantité submerge et peut raviver le problème.
La pendulation. Le système nerveux oscille naturellement entre contraction et expansion. Plutôt que de lutter contre une tension, on laisse le mouvement se faire : un peu plus de contraction, puis le relâchement. À chaque cycle, l'expansion tend à devenir plus ample.
L'îlot de sécurité. Le but premier n'est pas de « revivre » quoi que ce soit, mais de créer en soi un endroit où l'on se sent relativement en sécurité, et de pouvoir y revenir seul, sans dépendre en permanence d'un thérapeute.
L'image de l'anémone de mer. Peter Levine compare souvent les organes à une anémone : touchée une fois, elle se rétracte puis se rouvre ; touchée de nouveau, elle reste fermée plus longtemps ; au bout de quelques fois, elle reste contractée. C'est ce qui se passe quand les stress s'accumulent sans avoir le temps de se résoudre.
Le nerf vague. Ce long nerf relie le cerveau à la plupart des organes, et la grande majorité de ses fibres (environ 80 %) transmettent l'information des organes vers le cerveau. Quand le ventre et la poitrine sont contractés, le cerveau reçoit le message « danger », ce qui entretient la contraction. Plusieurs exercices cherchent à envoyer le message inverse.
Le témoin bienveillant. Pour Peter Levine, ce qui rend un événement traumatique, c'est aussi de l'avoir traversé sans présence empathique à ses côtés. D'où l'importance d'un accompagnant qui écoute sans juger : avec lui, on peut aller plus loin que seul, et plus doucement.
Vue d'ensemble : les 11 techniques
| Technique | Origine | Ce qu'elle apporte | Moment typique |
|---|---|---|---|
| 1. Auto-contenance (se tenir soi-même) | Peter Levine | Sentir le corps comme un contenant, se sécuriser | Émotion qui submerge, angoisse |
| 2. Progression des mains (front, poitrine, ventre) | Peter Levine | Détente profonde, régulation | Avant de dormir, peur des cauchemars |
| 3. Tapoter sa peau | Peter Levine | Retrouver la frontière du corps | Impression d'être « déconnecté » |
| 4. Contracter et relâcher les muscles | Peter Levine | Sentir ses limites, libérer la tension | Corps raide, stress accumulé |
| 5. Tapping (EFT) | Gary Craig, cité par Peter Levine | Baisser l'intensité d'une émotion | Quand les autres gestes ne parlent pas |
| 6. Le son « Voo » | Peter Levine | Signaler au corps que le danger est passé | Stress aigu, tension du ventre et du bassin |
| 7. Pendulation | Peter Levine | Laisser alterner contraction et expansion | Douleur ou schéma qui « coince » |
| 8. Relâchement des épaules (trois diaphragmes) | Peter Levine | Respiration plus libre, détente en chaîne | Épaules remontées, posture de garde |
| 9. Conscience des mains | Peter Levine | Revenir habiter son corps | Trop de mental, trop d'écrans |
| 10. « J'ai la pensée que… » | Utilisée par Peter Levine (proche de la défusion cognitive de l'ACT) | Prendre de la distance avec un doute | « Ça ne marchera pas », « il ne s'est rien passé » |
| 11. Câlin du papillon + recadrage PNL | Lucina Artigas (EMDR) et PNL | Passer d'un souvenir pénible à un état ressource | Pensée ou souvenir qui revient en boucle |
Se contenir : retrouver les limites du corps
1. L'auto-contenance (se tenir soi-même)
- Placez la main droite sous le bras gauche, sur le côté du cœur.
- Posez la main gauche sur l'épaule droite.
- Portez l'attention sur les sensations : pas seulement le contact des mains, mais ce qui se passe à l'intérieur du corps.
- Restez dans cette position et remarquez s'il y a un apaisement, même léger.
- Gardez la position jusqu'à sentir un changement (une respiration qui descend, une chaleur, un relâchement).
Ce geste donne au corps la sensation d'être tenu. Les émotions paraissent moins envahissantes parce qu'elles sont contenues. Il est utile quand une émotion monte trop fort, pendant une séance où l'on aborde un sujet difficile, ou lors d'une montée d'angoisse.
2. La progression des mains : front, poitrine, ventre
- Posez une main sur le front et l'autre sur le haut de la poitrine.
- Gardez les yeux ouverts ou fermés, selon ce qui est le plus confortable.
- Attendez patiemment un changement de sensation : un flux, une variation de chaleur, un apaisement. Cela peut prendre quelques instants ou 5 à 10 minutes.
- Une fois ce changement senti, laissez la main sur la poitrine et déplacez celle du front vers le ventre.
- Attendez de nouveau un changement ou une sensation de circulation.
C'est un exercice de détente profonde, que Peter Levine recommande notamment le soir pour faciliter l'endormissement et apaiser la peur des cauchemars. Il donne aussi une ressource à emporter entre deux séances.
3. Tapoter sa peau
- Tapotez doucement l'ensemble de votre peau avec le plat des doigts ou de la main.
- Parcourez le corps méthodiquement : bras, épaules, nuque, cuir chevelu, torse, ventre, dos si possible, jambes, pieds.
- Restez attentif à la sensation de la surface du corps, comme si vous en redessiniez le contour.
Après un choc, beaucoup de personnes perdent la sensation que leur corps est entier. Tapoter la peau rappelle la frontière entre soi et l'extérieur. C'est utile quand on se sent « à côté de soi », après qu'un souvenir a été réactivé, ou quand on se sent vulnérable.
4. Contracter et relâcher les muscles
- Contractez un groupe de muscles (mains, avant-bras, épaules, cuisses, mollets…) pendant quelques secondes.
- Relâchez lentement.
- Remarquez la différence entre la tension et le relâchement, puis passez à une autre zone.
Ce geste renforce la proprioception (la perception de son corps dans l'espace) et libère une partie de la tension accumulée. Il complète bien l'auto-contenance quand le corps est raide.
5. Le tapping (EFT)
Peter Levine mentionne que le tapping issu de la psychologie énergétique fonctionne très bien pour certaines personnes. La forme la plus connue, l'EFT (Emotional Freedom Techniques), a été diffusée par Gary Craig dans les années 1990 : on tapote une série de points du visage et du haut du corps en restant en contact avec une émotion ou une pensée pénible. Les études sont encourageantes mais de qualité variable ; il vaut mieux le présenter comme un outil d'apaisement parmi d'autres, à essayer quand les gestes précédents ne parlent pas à la personne.
Relâcher : le son « Voo », la pendulation et les épaules
6. Le son « Voo »
- Inspirez de façon ample et facile, en laissant le ventre et la poitrine se remplir.
- À l'expiration, émettez un son grave et vibrant : « Voooo ».
- Laissez la vibration partir du fond du ventre.
- Allez jusqu'au bout de l'expiration, sans forcer.
- Attendez que la respiration suivante vienne d'elle-même.
- Recommencez plusieurs fois, avec une pause entre chaque cycle.
- Remarquez les sensations, émotions, pensées ou images qui apparaissent.
- Continuez jusqu'à sentir un mouvement vers le calme.
La vibration profonde du ventre envoie au système nerveux un message de type « la voie est libre ». Elle crée une expansion douce là où le corps se contracte depuis longtemps, et la respiration change souvent d'elle-même dès les premiers cycles. Peter Levine l'utilise en particulier pour les tensions du ventre et du bassin. Une douleur pelvienne ou abdominale doit cependant toujours être examinée par un médecin : le son « Voo » accompagne, il ne remplace pas un diagnostic.
7. La pendulation : contraction, puis expansion
- Repérez une zone de contraction ou de tension dans le corps.
- Au lieu de vous raidir contre elle, accueillez-la doucement.
- Accentuez très légèrement la contraction, par un micro-mouvement.
- Puis relâchez consciemment.
- Remarquez l'expansion qui suit.
- Laissez le rythme se faire : contraction, expansion, contraction, expansion.
- Observez si l'expansion devient un peu plus ample à chaque cycle.
- Reposez-vous dans l'état d'expansion en observant les sensations.
Lutter contre une tension la renforce souvent. La pendulation fait l'inverse : elle suit le rythme naturel du corps au lieu de lui imposer le relâchement. C'est une piste pour les schémas qui « coincent », les tensions chroniques ou les personnes pour qui les approches énergiques sont trop brusques.
8. Le relâchement des épaules (les trois diaphragmes)
Peter Levine décrit trois « diaphragmes » reliés entre eux : le diaphragme respiratoire, le plancher pelvien et la zone des épaules et du haut de la poitrine (le défilé thoracique). Quand l'un se détend, les autres suivent souvent. Les épaules sont la porte d'entrée la plus facile.
- Remarquez la tension dans vos épaules.
- Au lieu d'essayer de les détendre, laissez la tension augmenter un peu.
- Remontez légèrement les épaules, par un micro-mouvement.
- Puis laissez-les retomber complètement.
- Sentez l'expiration qui accompagne naturellement ce relâchement.
- Remarquez les sensations, émotions, pensées ou images.
- Restez un moment dans cet état relâché, puis recommencez si besoin.
Les épaules remontées sont souvent une posture de protection apprise : enfant, on s'attendait à être frappé ou grondé ; adulte, on sursaute au volant et le souffle coupé ne revient jamais tout à fait. Ce petit exercice défait cette garde permanente et libère souvent la respiration.
Revenir dans son corps et se distancier de ses pensées
9. La conscience des mains
- Regardez vos mains. Sont-elles plutôt ouvertes ou fermées ?
- Fermez-les légèrement en poings, puis ouvrez-les en les regardant.
- Ensuite, mettez votre attention à l'intérieur des mains, au lieu de seulement les regarder.
- Sentez les mains se contracter en poings. Remarquez ce qui vient : une force, une colère, autre chose.
- Sentez pleinement la contraction.
- Laissez les mains s'ouvrir et sentez chaque détail de cette ouverture.
- Imaginez que votre main ouverte va chercher quelque chose dont vous avez envie.
- Ramenez cet objet ou ce ressenti vers votre poitrine, votre cœur, et laissez-le reposer là.
- Dites-vous : « Je m'offre ce cadeau de détente intérieure. Je suis vivant. Je suis réel. »
- Remarquez ce que cela fait à l'intérieur du corps.
Cet exercice ramène « à la maison » les personnes qui vivent surtout dans leur tête. Il apaise le bavardage mental, réveille la sensation et ouvre la zone du cœur. C'est une bonne pratique quotidienne pour qui n'arrive pas à dire ce qu'il ressent physiquement.
10. « J'ai la pensée que… »
- Quand le mental produit un doute (« Ça ne va pas durer », « Il ne s'est rien passé »), remarquez la pensée sans la combattre.
- Faites-la précéder de : « J'ai la pensée que… ».
- Par exemple : « J'ai la pensée que ça ne va pas durer. »
- Reconnaissez qu'il s'agit d'une pensée, pas de la réalité.
- Revenez à ce que vous ressentez réellement dans le corps.
- Recommencez chaque fois qu'une pensée sceptique revient.
Peter Levine utilise cette formule après les exercices, quand le mental s'empresse de minimiser ce qui vient de se passer. La même technique existe en thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT) sous le nom de défusion cognitive, développée par Steven Hayes. Elle crée un espace entre soi et ses pensées : le mental reste un bon serviteur, sans devenir le maître.
11. Le câlin du papillon avec un recadrage inspiré de la PNL
Le câlin du papillon (Butterfly Hug) a été créé en 1998 par la psychothérapeute mexicaine Lucina Artigas, alors qu'elle travaillait avec des survivants de l'ouragan Pauline à Acapulco. Elle a reçu en 2000 un prix d'innovation de l'association internationale EMDR pour cette méthode, que son collègue Ignacio Jarero et elle ont décrite ensuite dans la littérature scientifique. Elle reprend le principe de stimulation bilatérale (alternée gauche-droite) de l'EMDR, la thérapie créée par Francine Shapiro, sous une forme que chacun peut faire seul.
Dans de nombreux ateliers, on l'associe à un passage, inspiré de la PNL, d'une image négative vers une image ressource. Voici une version pas à pas de cette combinaison.
- S'installer. Asseyez-vous sans être dérangé quelques minutes, pieds au sol, mâchoire et épaules aussi détendues que possible. Prenez deux ou trois respirations lentes, l'expiration un peu plus longue que l'inspiration.
- Choisir la situation. Pensez à une situation précise qui vous pèse (une dispute, un échec, un rejet). Notez ce que vous voyez, entendez et ressentez dans le corps. Évaluez la gêne de 0 à 10. Si elle dépasse 6 ou 7, choisissez une version plus légère : c'est la titration de Peter Levine.
- Construire l'image ressource. Demandez-vous : « Quelle serait la meilleure issue réaliste ? Comment aimerais-je me sentir à la place ? Que me dirait une version sage et bienveillante de moi-même ? » Formulez une phrase simple (« J'ai fait de mon mieux, j'apprends », « Je suis en sécurité maintenant, c'est passé ») et rendez l'image lumineuse, nette et proche.
- Prendre la position du papillon. Croisez les bras sur la poitrine : main droite sur l'épaule ou sous la clavicule gauche, main gauche du côté droit. Tapotez en alternant gauche et droite, lentement (environ un tapotement par seconde), ou caressez doucement.
- Passer du négatif au positif en se rassurant. Tout en continuant, gardez légèrement l'image négative en tête sans la forcer, puis laissez l'attention glisser vers l'image ressource, qui devient plus lumineuse et plus proche. Parlez-vous comme à une partie plus jeune de vous : « C'est fini, tu es en sécurité. Tu as fait de ton mieux. » Si l'émotion devient trop forte, ouvrez les yeux, nommez trois objets autour de vous, ralentissez ou arrêtez.
- Répéter et vérifier. Faites trois à cinq passages. Puis repensez à la situation de départ : est-elle plus lointaine, plus petite, moins vive ? Réévaluez la gêne de 0 à 10.
- Se projeter dans l'avenir. Imaginez une situation future où ce thème pourrait revenir et voyez-vous y répondre avec le nouvel état. Ajoutez quelques secondes de tapotements pour l'ancrer.
- Clore doucement. Ralentissez, laissez les mains se poser, respirez normalement, ouvrez les yeux. Notez éventuellement ce qui a changé et les phrases qui vous ont fait du bien.
Ce que la PNL éclaire dans ces techniques
La PNL s'intéresse à la structure de l'expérience : comment une personne fabrique intérieurement un état. Les exercices de Peter Levine s'intéressent à la façon dont cet état vit dans le corps. Les deux se complètent. Le tableau ci-dessous montre les correspondances que Frédéric Deltour, Maître Praticien PNL, met en évidence avec ses élèves.
| Dans l'exercice | Outil PNL correspondant | Ce que cela change en séance |
|---|---|---|
| Le toucher répété du câlin du papillon, associé au calme | Ancrage kinesthésique | Le geste finit par réveiller l'état de sécurité à lui seul |
| L'image ressource rendue plus lumineuse et plus proche | Sous-modalités | On change l'intensité d'un vécu en changeant sa forme, pas son contenu |
| « Quelle serait la meilleure issue réaliste ? » | Recadrage et définition d'objectif | La personne passe du problème à ce qu'elle veut à la place |
| S'imaginer dans une situation future avec le nouvel état | Pont vers le futur | On vérifie que le changement tient hors de la séance |
| Observer le changement de souffle, de couleur, de posture | Calibration | L'accompagnant suit les signes du corps plutôt que les mots seuls |
| « J'ai la pensée que… » | Dissociation, position méta | On regarde la pensée au lieu d'être dedans |
| Choisir une version plus légère d'un souvenir trop lourd | Vérification écologique | Le changement respecte le rythme et l'équilibre de la personne |
Une observation utile pour les praticiens : Peter Levine décrit l'expérience en cinq canaux (sensation, image, comportement, émotion, sens), que l'on retrouve sous l'acronyme SIBAM dans le Somatic Experiencing. La PNL, elle, parle des systèmes de représentation visuel, auditif, kinesthésique, olfactif et gustatif. Les deux invitent à la même chose : ne pas en rester au récit, mais remarquer comment l'expérience est construite, ici et maintenant.
La différence tient au rythme. La PNL classique peut aller vite, parfois trop : on change l'image, l'émotion suit, mais le corps n'a pas eu le temps de suivre. Les principes de Levine (petites doses, sécurité d'abord, pendulation) ralentissent le processus là où il le faut. C'est aussi ce que Frédéric Deltour enseigne : la PNL au service de la relation, avec la sécurité de l'approche centrée sur la personne et la conscience corporelle de la Gestalt, et non comme une suite de protocoles appliqués mécaniquement. L'hypnose éricksonienne, dont la PNL est issue, partage cette confiance dans les ressources de la personne.
Ce que dit la recherche
Somatic Experiencing. Une revue de la littérature publiée en 2021 dans l'European Journal of Psychotraumatology conclut à des effets positifs sur les symptômes de stress post-traumatique et sur le bien-être, tout en soulignant que les études restent peu nombreuses et que d'autres essais contrôlés sont nécessaires.
EMDR. L'Organisation mondiale de la santé recommande depuis 2013 l'EMDR, avec les thérapies cognitivo-comportementales centrées sur le trauma, pour le stress post-traumatique. La Haute Autorité de santé l'a également reconnue en France. Le câlin du papillon en est une forme d'auto-stimulation, documentée surtout par des études de terrain.
EFT et exercices d'autorégulation. Les résultats sont encourageants mais de qualité inégale. On peut les présenter honnêtement comme des outils qui aident à se calmer et à se réapproprier son corps, sans leur prêter des effets de guérison.
Limites, précautions et orientation
Ces exercices sont doux, mais travailler avec le corps peut faire remonter des émotions fortes. Quelques repères :
- Si une émotion submerge, on s'arrête, on ouvre les yeux, on regarde la pièce, on sent ses pieds au sol. Aller doucement n'est pas un échec.
- Un traumatisme important, un stress post-traumatique, des cauchemars répétés, des moments de dissociation ou des idées noires relèvent d'un professionnel formé au trauma (médecin, psychologue, psychothérapeute). En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112, en France le 3114 pour la prévention du suicide.
- Une douleur physique (bassin, ventre, épaules) demande d'abord un avis médical. Les exercices accompagnent, ils ne soignent pas une maladie.
- Le Somatic Experiencing et l'EMDR sont des méthodes à part entière, avec leur propre formation. Un coach ou un thérapeute holistique peut transmettre des outils d'autorégulation simples, sans prétendre conduire une thérapie du trauma.
Ces limites sont détaillées dans le guide de déontologie du thérapeute holistique, avec un tableau des situations où il faut orienter vers un professionnel de santé.
Intégrer ces outils dans sa pratique
Pour un futur thérapeute ou coach, l'intérêt de ces techniques est double. D'abord pour soi : savoir se réguler avant, pendant et après une séance difficile. Ensuite pour les personnes accompagnées : leur donner un geste qu'elles peuvent refaire seules, le soir, au travail, avant une conversation redoutée. C'est le sens de l'« îlot de sécurité » de Peter Levine : une autonomie, pas une dépendance.
La formation certifiante de Frédéric Deltour enseigne la PNL, la Gestalt, l'hypnose éricksonienne, la communication non violente, la méditation et la libération émotionnelle, avec 5 à 10 séances d'entraînement réelles et une supervision en direct. On y apprend surtout la posture qui rend ces outils sûrs : écouter, aller au rythme de la personne, savoir s'arrêter et orienter. Comme le disait Nancy Solenko au début de cet article, tout commence par la pratique sur soi. Le lexique de la thérapie holistique et du coaching reprend les notions d'ancrage, de recadrage et de supervision.
Conclusion
Le travail de Peter Levine rappelle une évidence souvent oubliée : on ne guérit pas seulement en comprenant, on se libère aussi en ressentant, par petites touches et en sécurité. Se tenir soi-même, émettre un son grave, laisser ses épaules retomber, sentir ses mains, nommer une pensée comme une pensée : ces gestes paraissent presque trop simples. C'est justement leur force, parce qu'on peut les refaire seul.
Associés au câlin du papillon de Lucina Artigas et à la précision de la PNL, ils donnent au praticien une palette complète : la structure pour guider le changement, le corps pour qu'il tienne, et la relation pour que la personne se sente accompagnée.
Sources, méthodologie et transparence
Sources et références pour aller plus loin :
- Traduction de Waking the Tiger (1997), le livre fondateur du Somatic Experiencing. Peter A. Levine, Réveiller le tigre : guérir le traumatisme, InterEditions (édition 2024)
- Comment le corps dissipe le traumatisme : titration, pendulation, son « Voo ». Peter A. Levine, Guérir par-delà les mots, InterEditions / Dunod (2024)
- Article des créateurs du câlin du papillon (Acapulco, 1998), Iberoamerican Journal of Psychotraumatology and Dissociation. Jarero, I. et Artigas, L. (2020). The EMDR therapy butterfly hug method for self-administered bilateral stimulation
- Revue de la littérature : résultats encourageants, études encore peu nombreuses. Kuhfuß, M. et al. (2021). Somatic experiencing: effectiveness and key factors of a body-oriented trauma therapy, European Journal of Psychotraumatology
- Recommandation de l'EMDR et des TCC centrées sur le trauma pour le stress post-traumatique. Organisation mondiale de la santé (2013). Guidelines for the management of conditions specifically related to stress
- Organisation fondée par Peter Levine, informations sur la formation de praticien SE. Somatic Experiencing International
Transparence : cet article contient deux liens affiliés Amazon vers les livres de Peter Levine. Un achat par ces liens peut rapporter une petite commission, sans surcoût pour vous.

Frédéric Deltour
Thérapeute holistique · Formateur · Auteur · Superviseur. Plus de 20 ans d’accompagnement. Il forme des thérapeutes et coachs certifiés en France, Belgique, Suisse et Canada, en unifiant traditions éprouvées (bouddhisme, méditation Vipassana) et outils contemporains (PNL, CNV, Gestalt, approche centrée sur la personne).
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